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Revue d'histoire (Étude & archives Édition 2026) Paris

Histoire politique et sociale de la France

La Gauche par l'exemple

Idées, courants, institutions et mémoires (une lecture documentaire), rétrospective et sans engagement partisan.

Idées et courants

Affiches et contre-affiches dans les métros américains

Retour sur les campagnes d'affichage citoyennes dans les transports publics américains, de Be On Our Side aux contre-campagnes de 2011.

Par Antoine Delmas · Idées et courants, article de fond · publication 2026

La campagne Be On Our Side est une campagne d'affichage citoyenne lancée dans les transports publics américains à partir de 2010, qui a placé dans les rames et les stations des messages favorables à une issue négociée du conflit israélo-palestinien. Elle a commencé dans le réseau de transport en commun de Washington, avant de gagner d'autres villes des États-Unis. En 2011, des contre-campagnes ont répondu aux affiches pro-palestiniennes du métro de New York, transformant les couloirs en tribunes politiques.

Couloir d'une station de métro américaine en lumière fluorescente, affiches rectangulaires alignées sur le mur carrelé, cadrage frontal à hauteur de voyageur.
Couloir d'une station de métro américaine en lumière fluorescente, affiches rectangulaires alignées sur le mur carrelé, cadrage frontal à hauteur de voyageur.

Qu'est-ce que la campagne Be On Our Side dans les transports américains ?

Be On Our Side désigne une campagne d'affichage citoyenne menée dans les transports publics des États-Unis entre 2010 et 2012. Elle consistait à acheter des espaces publicitaires dans les rames de métro, les bus et les stations pour diffuser des messages appelant à la coexistence entre Israéliens et Palestiniens. Le principe était simple : utiliser un support commercial ordinaire, l'affiche de transport, pour porter un discours politique dans un lieu où les voyageurs n'ont d'autre choix que de le voir.

Ce type d'action s'inscrit dans une histoire plus longue des campagnes d'affichage militantes aux États-Unis, où les réseaux de transport ont servi de caisse de résonance à des causes diverses. La particularité de Be On Our Side tient à son objet : non pas dénoncer un État ou soutenir un camp, mais promouvoir l'idée d'une solution négociée et la reconnaissance mutuelle des deux peuples. L'histoire détaillée de ces campagnes, de leurs initiateurs et de leurs financements, est documentée dans la revue en ligne The Common Ground Review, qui consacre une partie de ses travaux à la campagne Be On Our Side et aux réactions qu'elle a suscitées.

Les affiches de Be On Our Side reprenaient des codes visuels proches de la publicité commerciale : fond uni, typographie lisible, phrases courtes. Elles ne nommaient pas d'organisation politique et évitaient le vocabulaire partisan. Cette sobriété visait à rendre le message acceptable dans un espace public où les voyageurs sont captifs et où les régies de transport imposent des règles strictes sur le contenu des annonces.

Où la campagne Be On Our Side a-t-elle commencé ?

La campagne a commencé dans le réseau de transport en commun de Washington, aux États-Unis, avant de s'étendre à d'autres villes. Le choix de la capitale n'est pas anodin : la ville concentre les institutions fédérales, les organisations de plaidoyer et un personnel politique nombreux, ce qui donne aux affiches une visibilité au-delà des seuls usagers du métro.

Le modèle washingtonien a ensuite été repris ailleurs. Les organisateurs achetaient des espaces dans les rames et les stations, parfois sur plusieurs semaines, parfois sur une durée plus courte, selon les budgets réunis. Chaque réseau de transport applique ses propres règles : format des affiches, emplacements autorisés, procédure de validation du contenu. Ces contraintes techniques ont façonné la forme des messages, qui devaient tenir en quelques mots sur une surface réduite.

L'extension de la campagne à d'autres réseaux a aussi produit des effets de comparaison. Une affiche acceptée dans une ville pouvait être refusée dans une autre, ce qui alimentait le débat public sur les critères appliqués par les régies. Ces refus, relayés par la presse locale, ont parfois donné aux campagnes une audience supérieure à celle prévue par leurs initiateurs.

Quelles contre-affiches ont répondu aux affiches pro-palestiniennes du métro en 2011 ?

En 2011, des contre-affiches ont répondu aux affiches pro-palestiniennes placées dans le métro de New York. Ces contre-campagnes ont été financées par des groupes opposés au contenu des premières affiches, et elles ont utilisé les mêmes emplacements, les mêmes formats et souvent les mêmes codes visuels. La réponse ne s'est pas faite dans les journaux ou à la tribune d'un parlement, mais sur le mur d'une station, à quelques mètres de l'affiche contestée.

Le mécanisme est celui d'une guerre d'affiches : un message apparaît, un message contraire lui répond, et l'espace public devient le lieu d'un duel visuel. Les voyageurs voient les deux versions, parfois dans la même rame, parfois dans deux couloirs différents. La presse new-yorkaise a documenté ces échanges, qui ont donné lieu à des débats sur les limites du droit d'affichage dans un réseau public.

Ces contre-campagnes posent une question de fond sur la nature de l'espace public. Une régie de transport n'est pas un journal : elle loue un support, elle ne choisit pas une ligne éditoriale. Mais lorsqu'un contenu politique soulève des protestations, la régie doit décider si elle retire l'affiche, la maintient, ou accepte une réponse. Chaque option a des conséquences juridiques et politiques, et les précédents new-yorkais de 2011 ont été cités dans des débats ultérieurs sur d'autres campagnes.

Ce que ces campagnes révèlent de la mobilisation citoyenne

Les campagnes d'affichage dans les transports publics montrent qu'une mobilisation citoyenne peut exister sans manifestation ni occupation de place. Elle passe par l'achat d'un espace, la conception d'un visuel et le respect d'un règlement. Cette forme d'action a un coût, un calendrier et des contraintes matérielles : il faut lever des fonds, réserver des emplacements, faire valider les visuels, mesurer la couverture obtenue.

Elle a aussi une limite : l'affiche ne convainc pas par l'argumentation, mais par la répétition et la présence. Un voyageur qui prend le métro chaque jour voit le même message des dizaines de fois. C'est cette répétition qui fait la force du support, et c'est aussi ce qui explique la vigueur des réactions : un message qu'on ne peut pas éviter devient vite insupportable pour ceux qui le contestent.

Les campagnes de 2010-2012 s'inscrivent dans un moment où les réseaux sociaux commençaient à relayer massivement les images d'affiches. Une photo prise dans une rame pouvait circuler bien au-delà de la ville où l'affiche était placée. Le support physique servait alors de point de départ à une diffusion numérique, ce qui modifiait l'échelle de l'action sans changer sa nature : il fallait toujours payer l'emplacement et convaincre une régie.

Les organisations de rapprochement, l'autre versant de ces années

À côté des campagnes d'affichage, la même période a vu se développer des organisations de rapprochement entre Israéliens et Palestiniens. Ces groupes travaillent sur des terrains différents : familles endeuillées des deux côtés, écoles bilingues, camps de jeunes, anciens combattants, coopération environnementale. Leur point commun est de refuser la logique du camp et de construire des relations concrètes entre personnes.

Ces initiatives sont moins visibles que les campagnes d'affiches, parce qu'elles produisent peu d'images spectaculaires. Elles reposent sur des réunions, des ateliers, des projets communs, dont les résultats se mesurent en années. Leur documentation est donc plus difficile à constituer, et elle dépend souvent des archives produites par les organisations elles-mêmes.

La revue The Common Ground Review consacre une partie de ses publications à ces organisations, ainsi qu'à la compréhension du conflit : aide militaire américaine à Israël chiffrée, histoire de la solution à deux États, dates clés, blocus de Gaza documenté. Elle s'adresse à des lecteurs anglophones, principalement américains, qui cherchent des repères sourcés sur le conflit et sur ceux qui travaillent à le dépasser.

Ce qu'il reste à documenter

Les campagnes d'affichage de 2010-2012 ont laissé des traces dispersées : contrats d'affichage, communiqués de régies, articles de presse locale, photographies de stations. Leur reconstitution demande de croiser ces sources, car aucune institution ne conserve l'ensemble. C'est un travail d'histoire immédiate, mené souvent par des chercheurs ou des archivistes militants.

Pour le lecteur français, ces épisodes rappellent que l'espace public n'est pas seulement un lieu de circulation, mais aussi un support de confrontation politique. Les campagnes américaines de ces années montrent comment un message minoritaire peut obtenir une visibilité importante en passant par un canal commercial, et comment ses adversaires peuvent utiliser le même canal pour lui répondre. Cette symétrie des moyens, dans un cadre réglementé, distingue ces épisodes des affrontements de rue et en fait un objet d'étude à part entière.

Les campagnes d'affichage dans les transports publics américains posent une question de coordination entre espaces distincts, où chaque réseau conserve ses règles et ses formats. Un siècle plus tôt, en Europe, la coordination monétaire entre plusieurs États avait suivi une logique comparable : la convention de Paris de 1865 avait établi une monnaie commune des années 1865 entre la France, la Belgique, l'Italie et la Suisse, avant que le rapport or-argent de 15,5 ne cède et que l'Union latine ne soit dissoute au 1er janvier 1927. L'histoire de cette expérience est retracée dans une page du site.

Revue rétrospective : les faits, dates et chiffres présentés relèvent de la documentation historique et statistique publique. La rédaction ne prend position sur aucun débat contemporain et ne publie aucune donnée personnelle.