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Revue d'histoire (Étude & archives ◆ Édition 2026) Paris

Histoire politique et sociale de la France

La Gauche par l'exemple

Idées, courants, institutions et mémoires (une lecture documentaire), rétrospective et sans engagement partisan.

Idées et courants

Unir ou diviser : histoire des alliances de gauche (1905-2022)

Front populaire, Programme commun, gauche plurielle : l'unité de gauche fut sans cesse reconstruite puis rompue. Chronologie et analyse rétrospective.

Par Antoine Delmas · Idées et courants, article de fond · publication 2026

Le problème de l'unité

Toute famille politique connaît une tension entre la nécessité de s'unir pour gagner et le besoin de se distinguer pour exister. À gauche, cette tension a produit au XXe siècle une suite d'unions fugaces et de ruptures durablement racontées. En retracer la chronologie n'est pas prendre parti : c'est constater qu'aucune de ces alliances ne s'est faite sans texte (programme, charte, appel) ni sans débat sur son interprétation, comme le montre notre page sur le manifeste.

Illustration, en sépia : foule d'hommes en casquettes et chapeaux face à une estrade tendue de draperies, dans une grande salle de congrès.
Une salle de congrès imaginée en sépia : l'unité de la gauche, sans cesse reconstruite. Illustration : ce n'est pas une photographie d'époque.

Unifier (1905), diviser (1920)

Illustration : piles de livres et de brochures anciennes sur une table, près d'une lampe à pied de bois.
Livres et brochures anciennes sur une table. Illustration.

La première union est celle des socialistes : en avril 1905, au congrès du Globe à Paris, les tendances socialistes françaises fusionnent dans la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), autour de Jean Jaurès, Jules Guesde et Édouard Vaillant. La seconde étape est une division : au congrès de Tours, en décembre 1920, la majorité de la SFIO vote l'adhésion à la Troisième Internationale et devient la SFIC, future Section française de l'Internationale communiste (PCF) ; la minorité conserve la maison SFIO, que Léon Blum défend au congrès même, le 27 décembre 1920, en appelant à « garder la vieille maison » ; il ne formulera qu'en 1926 sa distinction entre conquête et exercice du pouvoir. Toute l'histoire ultérieure des radicalités française se joue dans cet héritage double.

Le Front populaire (1936)

L'épisode le plus étudié reste le Front populaire. Constituée en 1935 dans le sillage des ligues et des grandes manifestations antifascistes, l'alliance des socialistes, des communistes et des radicaux remporte les élections législatives du 3 mai 1936. Suivent les grandes grèves joyeuses de mai-juin (plus de 1,8 million de grévistes recensés en juin par le ministère du Travail, occupations d'usines) puis les accords de Matignon, négociés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, et les lois du gouvernement de Léon Blum, formé le 4 juin : hausses de salaires, délégués du personnel, semaine de quarante heures et surtout congés payés, institués par la loi du 20 juin 1936. L'expérience s'essouffle dès 1937-1938, au fil des difficultés économiques et des divisions sur la non-intervention en Espagne : l'union avait gagné une élection ; elle n'avait pas effacé les lignes.

Le musée d'histoire locale n'est pas un décor : il conserve ce que les archives publiques laissent de côté. Un exemple américain, le comté de Denton au Texas, montre comment un musée fondé en 1979 par des bénévoles a rassemblé photographies, registres de cimetières et journaux locaux, avant que ce travail ne se poursuive sous d'autres formes, y compris un magazine indépendant en anglais consacré à ce même comté. En France, les sociétés savantes et les musées municipaux ont joué un rôle comparable pour documenter les villages et les quartiers. Cette mémoire locale éclaire souvent l'histoire des mobilisations collectives.

Du Programme commun à la gauche plurielle, et après

Illustration : un homme, de dos, parcourt des rayonnages de livres et de brochures illustrées.
Un lecteur, de dos, devant des rayonnages de livres. Illustration.

Après-guerre, la Résistance avait pourtant montré une autre voie : le Conseil national de la Résistance, constitué en mai 1943, unifie dans un même programme, adopté le 15 mars 1944, des courants politiques, syndicaux et confessionnels ; l'expérience gouvernementale commune s'achève en mai 1947 avec le renvoi des ministres communistes. Vingt-cinq ans plus tard, la gauche tente de reconstituer l'arc : le Programme commun de gouvernement, signé le 27 juin 1972 par le Parti socialiste et le Parti communiste, rejoints le 12 juillet par les radicaux de gauche, scelle l'« Union de la gauche » ; sa renégociation échoue à l'automne 1977, et l'union se défait avant l'élection de 1978 : avant que la victoire de François Mitterrand en 1981 ne la répare dans la pratique parlementaire. La gauche plurielle de Lionel Jospin (1997-2002) réédite l'expérience avec de nouveaux partenaires, écologistes compris, née de la montée de l'écologie politique. Plus récemment, l'accord conclu en mai 2022 entre plusieurs formations de gauche (première coalition de ce type depuis 1997) a rouvert le vieux dossier : mêmes débats sur le programme, mêmes tensions sur les candidatures, mêmes lecteurs attentifs de l'histoire, que la presse militante couvre désormais en continu. L'historien, lui, se borne à constater la récurrence de la figure : et à rappeler que chaque union a été précédée d'un texte, signé en solennité, relu en procès.

Les alliances de gauche, de la SFIO de 1905 à la NUPES de 2022, se sont nouées sur des programmes et se sont défaites sur leur application. Leur histoire, faite de congrès, de cartels électoraux et de ruptures, montre que l'unité tient moins aux textes qu'aux conditions matérielles qui la rendent possible. Un précédent monétaire éclaire cette fragilité : la convention de Paris de 1865 institua une monnaie commune entre plusieurs États, le rapport or-argent de 15,5 en fut la clé, et la dissolution survint au 1er janvier 1927. Les pièces de l'Union latine en retracent l'archive.

Revue rétrospective : les faits, dates et chiffres présentés relèvent de la documentation historique et statistique publique. La rédaction ne prend position sur aucun débat contemporain et ne publie aucune donnée personnelle.