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Revue d'histoire, Étude & archives ◆ Édition 2026, Paris

Histoire politique et sociale de la France

La Gauche par l'exemple

Idées, courants, institutions et mémoires : une lecture documentaire, rétrospective et sans engagement partisan.

Idées et courants

Radicalités : histoire des courants, de 1848 aux années 1970

Le mot « radicalité » a une histoire : radicaux de gouvernement, syndicalistes révolutionnaires, anarchistes, communistes d'opposition, gauche de la gauche d'après 1968.

Par Antoine Delmas · Idées et courants, article de fond · publication 2026

Un mot, une histoire

« Radical » est un de ces mots que l'histoire politique française a usés jusqu'à la corde, au point qu'il désigne successivement (et parfois simultanément) des républicains de gouvernement, des révolutionnaires professionnels et des courants d'ultra-opposition. Faire l'histoire des radicalités, c'est donc d'abord ranger chaque courant à sa date, à son organisation et à ses textes, sans confondre les héritages revendiqués avec les filiations établies. Tel est l'objet de cette page : une boussole documentaire, que complètent nos études sur le manifeste, l'écologie politique et les alliances.

Illustration : mur de rue couvert d'affiches et de tracts superposés et déchirés, un cycliste au loin sur les pavés.
Affiches et tracts superposés sur un mur de rue : les radicalités s'affichent dans la rue. Illustration.

Les radicaux, un parti de gouvernement

Illustration : livres anciens reliés et brochures illustrées posés sur une table, sous une lampe.
Livres anciens et brochures illustrées sur une table. Illustration.

Le premier « parti radical » est paradoxalement le plus institutionnel : fondé en 1901, le Parti radical et radical-socialiste est l'une des plus anciennes formations politiques françaises encore existantes. Héritier des républicains avancés de la Troisième République, il doit son nom à sa volonté d'achever le programme républicain, laïcité, impôt progressif, réformes sociales, par des moyens parlementaires. Ses figures, de Léon Bourgeois, théoricien du « solidarisme » à la fin du XIXe siècle, à Édouard Herriot et Édouard Daladier, l'ont conduit jusqu'aux responsabilités gouvernementales, souvent en alliance avec la gauche, parfois avec la droite : histoire qui rappelle qu'une « radicalité » peut être un art du compromis. Le parti s'efface progressivement de la scène nationale dans la seconde moitié du XXe siècle, sans disparaître.

Syndicalisme révolutionnaire et anarchisme

Une seconde radicalité naît dans le monde du travail plutôt que dans les assemblées. La CGT, constituée en 1895 au congrès de Limoges, se dote en 1906 de la Charte d'Amiens, texte fondateur qui affirme l'indépendance du syndicalisme à l'égard des partis et la perspective d'une émancipation ouvrière par l'action directe, dont la grève générale doit être l'arme décisive. Autour de la revue La Vie ouvrière, créée en 1909 par Pierre Monatte, se dessine un syndicalisme révolutionnaire dont l'influence dépassera largement ses effectifs. Plus loin encore, l'anarchisme, porté en France par les héritages de Mikhaïl Bakounine puis de Pierre Kropotkine, pratique la propagande par la parole et par l'écrit ; les lois dites « scélérates » de 1893-1894, votées après une série d'attentats, frappent durement ses militants avant que le mouvement ne se réorganise autour de la presse, du syndicalisme et des universités populaires.

De Tours aux gauches des années 1970

Illustration : un homme, de dos, dans un bureau tapissé de livres et d'affiches de manifestations aux textes illisibles.
Un lecteur, de dos, devant des livres et des affiches de manifestations. Illustration.

La troisième étape est une scission : au congrès de Tours, en décembre 1920, la Section française de l'Internationale ouvrière se divise ; la majorité crée ce qui deviendra le Parti communiste français, la minorité conserve la SFIO autour de Léon Blum. Dès les années 1920-1930, des oppositions se dessinent en marge du nouveau parti : courants trotskystes, dont la presse paraît dans la semi-clandestinité, et courants conseillistes ou bordiguistes, à faible effectif mais riche production théorique. Après 1945, la carte des radicalités se redessine : le PSU, fondé en 1960, qui fera de l'autogestion l'un de ses thèmes, accueille une gauche réformatrice hors des grands partis ; les années 1968 voient croître une extrême gauche étudiante et ouvrière, ligues trotskystes dont la Ligue communiste, dissoute en 1973 puis reconstituée en Ligue communiste révolutionnaire en 1974, héritière de la tradition de La Vérité des années 1930 ; groupes maoïstes ; courants libertaires renouvelés. L'étude de ces chapelles exige les mêmes instruments que celle des grands partis : textes, journaux, effectifs, évolutions (et une égale distance), l'histoire n'ayant pas à prendre parti entre les chapelles qu'elle décrit.

L'histoire des courants radicaux se lit souvent comme une suite de scissions et de recompositions, du parti radical aux groupes d'après 1968. Les sources imprimées, tracts et comptes rendus de congrès en gardent la trace, mais elles ne disent pas tout des pratiques militantes. Un détour par d'autres objets culturels aide parfois à comprendre comment une époque organise ses règles et ses fidélités. La page consacrée aux classiques du J-RPG propose ainsi des repères sur un genre qui, lui aussi, procède par héritages et ruptures.

Les courants étudiés ici se sont longtemps définis par leurs revues, leurs congrès et leurs réseaux militants, et l'historien les suit à travers des archives datées. D'autres objets culturels se laissent périodiser de la même manière, par saisons et par genres, comme le montre une page du même site consacrée à l'animation japonaise lue par saisons, qui distingue notamment seinen et shonen et retrace l'effet du streaming sur la diffusion. La comparaison n'est pas fortuite : dans les deux cas, le découpage temporel et les catégories éditoriales commandent la lecture des sources.

L'histoire des radicalités françaises, du parti radical au PSU, s'est longtemps écrite à partir des organisations et de leurs congrès. Les sources imprimées, tracts et journaux militants, en constituent le socle documentaire. Un autre versant de cette histoire matérielle reste à explorer : les espaces publics où les mouvements politiques ont cherché à rendre visibles leurs mots d'ordre, en France comme ailleurs. Une page du même site revient sur les campagnes d'affichage citoyennes menées dans les transports publics américains, de Be On Our Side aux contre-campagnes de 2011.

Revue rétrospective : les faits, dates et chiffres présentés relèvent de la documentation historique et statistique publique. La rédaction ne prend position sur aucun débat contemporain et ne publie aucune donnée personnelle.