Pourquoi cette revue
Il existe mille manières de raconter la vie politique d'un pays. Les chroniques du jour en proposent une, toujours pressée, tributaire de l'actualité la plus brûlante. Les archives en proposent une autre, plus lente, plus exigeante, et à nos yeux plus féconde : celle des faits établis, des dates vérifiées, des textes conservés. La Gauche par l'exemple a choisi la seconde voie. Cette revue numérique étudie l'histoire politique et sociale de la France comme on étudie n'importe quel objet historique : par les sources, les chiffres, les programmes, les organisations, les personnes publiques qui l'ont animée, et par les traces matérielles — journaux, tracts, délibérations, registres — qu'ils nous ont laissées.
Notre titre doit beaucoup à une expression ancienne de la langue politique : juger les doctrines par l'exemple, c'est-à-dire par ce qu'elles ont réellement produit dans l'histoire, plutôt que par leurs proclamations. Nous appliquons ce principe symétriquement, sans préférence ni hostilité déclarée pour aucun courant. La social-démocratie, le radicalisme, le communisme, l'anarchisme, le syndicalisme, l'écologie politique ou les courants libéraux et conservateurs qui leur ont répondu sont ici traités comme des sujets d'étude, avec le même souci d'exactitude. La revue ne soutient aucune formation, ne participe à aucun débat partisan contemporain et ne se réclame d'aucune organisation : elle regarde le passé, et seulement lui.
Ce que nous publions
Chaque livraison réunit trois familles de textes. Les études consacrées aux idées et aux courants reconstituent la généalogie des doctrines et des organisations : que fut le radicalisme, d'où vient l'écosocialisme, comment s'écrit un manifeste politique, pourquoi les alliances de gauche se sont-elles unies et rompues. Les pages d'histoire institutionnelle racontent les corps qui structurent encore la vie publique : le commune et son conseil, le département, les grandes réformes territoriales, les règles du cumul des mandats, la longue histoire des services publics locaux comme l'eau. Enfin, une rubrique de mémoire sociale descend sur les territoires : bassins industriels, mesures longues des conditions de vie, presse militante et méthode des historiens.
Le lecteur trouvera ici des articles de fond, écrits en français soigné, munis de repères chiffrés et chronologiques. Lorsqu'un fait est débattu entre historiens, nous le signalons ; lorsqu'une source est incertaine, nous préférons la prudence au tranchant. Nos textes sont rétrospectifs : ils s'arrêtent là où s'arrête la documentation établie, et n'engagent aucune lecture du présent.
Indépendance et lignes de conduite
La revue est une publication indépendante, exclusivement documentaire. Elle n'est liée à aucun parti, aucun syndicat, aucune formation politique, et n'a aucun rapport avec les occupations antérieures de ce nom de domaine, dont elle ne reprend ni les contenus ni les données. Trois principes gouvernent la rédaction : la vérifiabilité des faits cités, la neutralité du ton, y compris sur les épisodes les plus sensibles, et le respect dû aux personnes, publiques ou privées. L'histoire sociale est une discipline ancienne et codifiée ; nous nous efforçons de nous y tenir, avec l'humilité de ceux qui savent qu'un travail d'archive est toujours perfectible.
Notre méthode mérite un mot. Chaque article s'appuie sur des repères vérifiables : dates d'adoption des lois, chiffres des instituts publics de statistique, titres et tirages de la presse d'époque, résultats électoraux officiels. Les grandes synthèses de l'historiographie française — de l'histoire politique classique à l'histoire sociale des trente dernières années — servent de boussole, et nos chroniques méthodologiques explicitent ces sources. Lorsque la mémoire collective et le travail des historiens divergent, nous le signalons : c'est précisément là que l'histoire s'écrit.
La revue s'adresse aux étudiants, aux enseignants, aux curieux de généalogie politique comme aux simples lecteurs qui veulent comprendre, par exemple, pourquoi le conseil général est devenu conseil départemental, ce que contenait la Charte du Conseil national de la Résistance ou comment vivait un mineur de l'Aveyron vers 1900. Elle se lit dans l'ordre qui convient à chacun : chaque page est autonome, et le maillage interne — rubriques, renvois, suggestions de lecture — permet de circuler librement dans deux siècles et demi d'histoire documentée.
Bonne lecture — et, comme on le disait dans les imprimeries d'autrefois, à la lettre, à l'encre et au filet.
— Antoine Delmas, pour la rédaction