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Revue d'histoire (Étude & archives Édition 2026) Paris

Histoire politique et sociale de la France

La Gauche par l'exemple

Idées, courants, institutions et mémoires (une lecture documentaire), rétrospective et sans engagement partisan.

Mémoire sociale

Chaco, Mesa Verde et les cultures pueblo

Chaco Canyon, les cliff dwellings de Mesa Verde et la chronologie pueblo : ce que l'archéologie du Sud-Ouest américain établit sur pièces.

Par Antoine Delmas · Mémoire sociale, article de fond · publication 2026

Chaco Canyon montre un système de grandes maisons en maçonnerie de grès, reliées par des routes rectilignes et orientées, édifiées entre le IXe et le XIIe siècle. Les cliff dwellings de Mesa Verde documentent, à partir du XIIIe siècle, un habitat troglodyte installé sous les corniches du Colorado. Ces deux ensembles appartiennent à la même trame culturelle, celle des Ancestral Puebloans, dont la chronologie a été fixée au début du XXe siècle par la classification de Pecos.

Vue rapprochée d'un mur de maçonnerie en plaquettes de grès de Pueblo Bonito, Chaco Canyon, lumière rasante de fin d'après-midi, cadrage serré sur les assises de pierre.
Vue rapprochée d'un mur de maçonnerie en plaquettes de grès de Pueblo Bonito, Chaco Canyon, lumière rasante de fin d'après-midi, cadrage serré sur les assises de pierre.

Que montrent Chaco Canyon et ses great houses ?

Le Chaco Canyon, dans le nord-ouest du Nouveau-Mexique, occupe une dépression aride à environ 1 900 mètres d'altitude. Entre le IXe et le XIIe siècle, ses occupants ont bâti une douzaine de grandes maisons, ou great houses : Pueblo Bonito, Chetro Ketl, Aztec West, pour les plus documentées. Ces édifices comptent plusieurs centaines de pièces, des kivas circulaires, des cours fermées et des murs de maçonnerie en plaquettes de grès appareillées avec soin. Le plan est régulier, souvent en D, et l'orientation des blocs répond à des repères astronomiques observables depuis les ouvertures.

Autour de ces bâtiments, un réseau de routes larges de plusieurs mètres, tracées en ligne droite sur des dizaines de kilomètres, relie les sites entre eux et à des points d'eau. Des escaliers taillés dans la roche, des rampes et des levées de terre complètent ce dispositif. La question du peuplement reste discutée : les estimations vont de quelques milliers d'habitants permanents à une population plus large rassemblée lors de périodes cérémonielles. Les analyses de cernes de bois, menées dès les années 1920 par Andrew Ellicott Douglass, ont fourni une datation fine des poutres et ancré la chronologie du site.

Le débat porte aussi sur la fonction. Les great houses ont été lues tour à tour comme résidences, comme centres cérémoniels, comme entrepôts ou comme sièges d'un pouvoir régional. Les fouilles ont livré des quantités importantes de turquoise, de coquillages marins et de céramiques importées, indices d'échanges à longue distance. Un carnet de terrain consacré à cette région, le carnet d'archéologie du Sud-Ouest, recense les lieux visitables et compare les accès, ce qui aide à situer l'effort nécessaire pour parcourir ces sites protégés.

Comment la classification de Pecos organise-t-elle la chronologie ?

La classification de Pecos doit son nom aux fouilles conduites au début du XXe siècle sur le site de Pecos Pueblo, dans le nord du Nouveau-Mexique, sous la direction d'Alfred V. Kidder. Elle organise la séquence culturelle du Sud-Ouest en huit périodes, de Basketmaker III à Pueblo V, en s'appuyant sur des critères observables : architecture, modes d'inhumation, types de céramique.

Les étapes se lisent ainsi. Basketmaker III, vers 500 à 750, correspond à l'installation de villages en fosses, à la culture du maïs et à l'apparition des premiers récipients en terre. Pueblo I, vers 750 à 900, voit l'adoption de la maçonnerie en pierre et des grandes maisons à pièces alignées. Pueblo II, vers 900 à 1150, couvre l'apogée de Chaco. Pueblo III, vers 1150 à 1300, correspond au regroupement dans les falaises et à la construction des cliff dwellings de Mesa Verde. Pueblo IV, vers 1300 à 1600, marque le déplacement vers les vallées du Rio Grande et de l'Arizona. Pueblo V couvre la période postérieure au contact espagnol.

Cette grille reste un outil, non un dogme. Les datations dendrochronologiques et radiocarbone ont déplacé certaines bornes, et les traditions régionales, Mogollon au sud, Hohokam dans le désert de Sonora, suivent des séquences propres. La classification de Pecos a néanmoins l'avantage de fournir un vocabulaire commun, encore employé dans les publications et les panneaux d'interprétation des parcs.

Quelles cultures ancestrales ont occupé ces territoires ?

Trois grandes traditions se partagent le Sud-Ouest avant le contact européen. Les Ancestral Puebloans occupent le plateau du Colorado, la vallée du San Juan et le bassin du Chaco. Leurs descendants vivent aujourd'hui dans les pueblos du Nouveau-Mexique et de l'Arizona, à Zuni, Acoma, Taos ou Hopi. Les Mogollon occupent les montagnes du sud-ouest du Nouveau-Mexique et de l'est de l'Arizona, avec des villages en fosses puis des villages de pierre, et une céramique peinte en noir sur blanc. Les Hohokam occupent le désert du sud de l'Arizona, autour de Phoenix, et construisent un réseau de canaux d'irrigation de plusieurs centaines de kilomètres.

Les migrations des Ancestral Puebloans, à partir de la fin du XIIIe siècle, restent un objet d'étude actif. Les sécheresses documentées par les cernes de bois, l'épuisement des sols, les tensions internes et les changements d'organisation cérémonielle sont avancés comme causes, souvent combinées. Les récits oraux des pueblos actuels conservent la mémoire de ces déplacements et sont aujourd'hui pris en compte par les archéologues, en lien avec les communautés concernées.

Quelles règles s'appliquent aux tessons et aux panneaux rupestres ?

Sur les sentiers des parcs fédéraux, un tesson de poterie reste à sa place. La règle est constante : regarder, photographier, laisser. Le déplacement d'un artefact prive les chercheurs de son contexte, qui vaut souvent plus que l'objet lui-même. Les tessons corrugated, à surface striée, les black-on-white, peints en noir sur fond blanc, et les polychromes, à plusieurs couleurs, se rencontrent encore en surface sur certains sites ; leur position renseigne sur les aires de circulation et les dépotoirs anciens.

Les panneaux rupestres obéissent à la même logique. On distingue les pétroglyphes, gravés dans la roche, des pictographes, peints avec des pigments minéraux ou végétaux. Les deux sont protégés par le Archaeological Resources Protection Act de 1979 et, sur les terres fédérales, par le National Historic Preservation Act de 1966. Il est interdit de les toucher, de les frotter, de faire un moulage ou de prélever un fragment. La photographie sans flash est généralement admise ; l'usage de drones est proscrit dans la plupart des parcs.

D'autres règles encadrent la visite. Rester sur les sentiers balisés, ne pas franchir les barrières des zones en fouille, emporter toute son eau et ne rien laisser sur place. Les musées des parcs, comme celui de Mesa Verde ou le visitor center de Chaco, exposent les collections issues des fouilles anciennes et expliquent la réglementation. Des bénévoles de surveillance, formés par les services du patrimoine, signalent les dégradations et renseignent les visiteurs.

Pourquoi ces sites restent des lieux de mémoire vivants

Chaco Canyon et Mesa Verde ne sont pas des ruines abandonnées. Ils sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, respectivement en 1987 et en 1978, et vingt-quatre pueblos actuels entretiennent des liens culturels avec ces territoires. Les cérémonies, les récits et les revendications de gestion partagée font partie du dossier archéologique lui-même. Les chercheurs travaillent désormais avec les communautés pueblo sur les protocoles de fouille, la restitution des objets et l'interprétation des lieux.

Cette évolution rejoint une question plus large, celle de l'écriture de l'histoire sociale : qui parle, à partir de quelles sources, et pour quel public. Les grandes maisons de Chaco, les falaises de Mesa Verde et les tessons laissés sur les sentiers ne livrent pas seulement une chronologie. Ils posent la question de la transmission, entre recherche, conservation et mémoire des descendants.

L'archéologie du Sud-Ouest américain se lit sur pièces, strate après strate, sans reconstitution hasardeuse. Il en va de même pour les formes culturelles qui se déplacent : un seul en scène, porté par des moyens sobres, peut tenir une salle des fêtes ou un lieu patrimonial de Bourgogne du Sud, comme le documente cette page sur le théâtre en solo en tournée. La comparaison n'est pas fortuite : dans les deux cas, c'est la contrainte matérielle qui fixe l'échelle et le rythme de ce qui se transmet.

Revue rétrospective : les faits, dates et chiffres présentés relèvent de la documentation historique et statistique publique. La rédaction ne prend position sur aucun débat contemporain et ne publie aucune donnée personnelle.